La charte de développement durable : une vaste fumisterie
Cette charte ( cliquer ici pour la télécharger en format pdf ) est un outil retenu par l'Etat et le Syndicat mixte d'études et de promotion de l'axe Lyon Toulouse. Il a manifestement pour seul objectif de tenter de faire accepter au public voire aux opposants au projet, la construction d'une 2x2 voies inutile, destructrice et hors de prix.
La contradiction profonde apparaît immédiatement. Comment peut-on prétendre appliquer le « principe de développement durable à l'aménagement de la RN 88 entre Rodez et Le Puy-en-Velay » (p.3) et affirmer sans discussion possible que l'aménagement sera une 2x2 voies (engagement 1 p.8).
Le principe de développement durable, tel qu'il est inscrit dans l'art. 6 de la Charte de l'environnement adossé à la Constitution française stipule que: Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. À cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l'environnement, le développement économique et le progrès social. Si les rédacteurs de la « charte » avaient réellement voulu comme ils le prétendent, appliquer ce texte, ils auraient prôné des aménagements beaucoup mieux adaptés aux besoins, au territoire, à la perspective d'évolution des dépenses énergétiques, et des engagements en matière de rejets de CO2 de la France.
Cette charte posant comme postulat de départ que son objectif premier était d'imposer la construction d'un axe routier à 2 fois 2 voies, il devient évident que c'est la charte de développement durable qui va devoir s'adapter et non le contraire. La charrue avant les bœuf !
Un attelage qui ne peut qu'être bancal !
Aussi personne ne sera étonné de découvrir que cette charte recours volontiers à des formules incantatoires :
- répéter à chaque page ou presque que l'environnement sera respecté (avec de belles photos de fleurs ou de paysages) – les lecteurs finiront bien par croire que c'est vrai !
- auto-proclamer l'exemplarité de la réalisation de cette 2x2.
MAIS si le texte de cette « charte » contient des engagements :
- Ces engagements sont le plus souvent formels et pour tout dire vide de contenu
- Et les engagements financiers qui pourraient donner quelque crédit aux intentions avancées font cruellement défaut.
Des engagements de pure forme :
- évocation de grands principes d'aménagement du territoire sur lesquels tout le monde s'accorde (ex. engagement 4 ou 5 p. 11 et 12)
- « promotion » d'actions, dont la réalisation apparaît, en l'absence de décision ou d'engagement ferme des plus hypothétiques (ex. engagement 3).
On peut aussi relever des formulations bien alambiquées : la mise en œuvre sera recherchée pour les normes HQE (et pourquoi pas : appliquée ?), les signataires s'efforceront de rechercher des solutions, (pourquoi pas : mettront en œuvre ?)
- quelques engagements fermes cependant, mais sur des interventions qui, tel le 1% paysager, font déjà partie des exigences prévues dans les politiques publiques
- enfin évocation de certaines mesures (pas forcément inintéressantes) qui peuvent se traduire sur le terrain par des mises en œuvre complètement bidon répondant à un affichage de principe et non à une nécessité de terrain : ex. désignation d'un responsable environnement sur le chantier, avec quelle formation, quels pouvoirs, quels crédits ?
De fait on n'a jamais vu qu'un tel empilement de « non-engagements » puisse aboutir à quoique ce soit de concret. Voir par exemple la p. 10 : « promotion » de démarches exemplaires + les principes suivants « pourront » être appliqués + désignation d'1 responsable environnement...
Et ne voit pas quel miracle pourrait faire qu'il en soit autrement ici.
Des signataires qui proposent et ne s'engage à rien :
au départ l'Etat et le syndicat mixte sont les signataires, et ils proposeront la fameuse charte aux collectivités : celles-ci ne sont donc pas obligatoirement impliquées, mais vu le niveau d'engagement quasi nul, gageons qu'elles signeront toutes !
Des moyens aussi virtuels que les engagements:
Voir le dernier paragraphe p.13. : seulement 7 lignes consacrées à ce sujet sensible des financements, avec uniquement des « pourront » (possibilité) et « pourrait » (conditionnel) et enfin « seront financées selon les pratiques habituelles » (ce qui ne s'applique aux actions d'information et de pédagogie), ce qui veut dire en clair qu'il n'y aura pas un rond de plus pour financer toutes ces belles intentions.
N'y a-t-il pas quelques points positifs, quand même ?
Ils (les signataires) jugent indispensable (…) de créer les conditions d'une concertation permanente tant entre administrations publiques, qu'auprès du public aux différentes étapes de mise en oeuvre du projet. (p. 7)
L'engagement 2 (p. 9) pourrait être pris au pied de la lettre : il concerne l'aménagement de la RN88 sur place : la rendre plus sure, à améliorer le niveau de service rendu (en attendant la 2x2) et réunit tout ce qu'on peut attendre raisonnablement d'un axe routier. A retenir, donc.
(se référer au document)
Une question de taille cependant : si la collectivité met en œuvre, selon l'engagement 2, une amélioration significative de l'actuelle RN88, faudra-t-il encore ré-investir par la suite dans une 2x2 pour respecter l'engagement 1 ? Pas très cohérent, tout cela …
La création d'un observatoire de la biodiversité sera étudiée (p.11). Bravo !
A noter que pour l'A75, un observatoire avait déjà été préconisé, mais il est à ce jour inexistant…
Le tout bien délayé dans le charabia technocratique, ferment indispensable de la "concertation permanente " ! Qui peut ne pas être d'accord pour :
- Équilibrer globalement les impacts environnementaux,
- en assurant la préservation et la mise en valeur de l'environnement (p.6)
- en analysant et en recherchant la maîtrise du bilan global énergétique à l'échelle des territoires (p.6)
[ commentaire : ici c'est le chapitre consommation d'énergie/rejets de CO2 qui est abordé : on chercherait à équilibrer l'augmentation inévitable de la consommation pétrolière et des pollutions qu'on aura encouragé, par des économies d'énergie le long du tracé, par exemple en faisant la promotion des constructions à haute qualité environnementale (HQE).
Mais malheureusement pour nos joyeux drilles : 1) cette promotion doit être faite de toutes façons et 2) le bilan ne doit pas se contenter d'être nul, équilibré, mais il va être impératif de diminuer très sensiblement nos consommations d'énergie et nos rejets de CO2 !
Pourtant c'était une bonne idée pour une autoroute de « développement durable » de s'offrir un droit à polluer en le faisant payer aux autres car en effet,…]
- (La RN88 doit être) le vecteur de développement durable des territoires
- par la protection, la restauration et la valorisation de l'environnement comme support d'activité (p.7) -- des explications seront les bienvenues…
- par la proposition de nouvelles pratiques touristiques, dont la spécificité s'appuie sur l'existence de la RN88 et des « portes d'entrée sur les territoires » qui seront créées (p.7) -- là, on pense qu'il s'agit de prendre les touristes pour des … poires ! - la restauration d'écosystèmes dégradés et leur valorisation, (p.9) -- il vaudrait mieux commencer par ne pas les dégrader, quant à leur «valorisation », il faut être très prudent…
- définir un projet routier phasé, qui garantisse une amélioration de l'offre de déplacement et du service aux usagers et offre de réelles opportunités de renforcement de l'attractivité des territoires par la valorisation des potentiels locaux. Tel est l'objet de la présente charte. (p.5)
- L'objet routier (sic) est associé aux orientations de développement permettant de valoriser les richesses intrinsèques des territoires, qu'il s'agisse de coordonner les pôles d'activités économiques, de créer des offres touristiques interdépartementales ou encore de promouvoir un développement urbain ou résidentiel respectueux du paysage et de l'environnement. (p.6)
Quand vous aurez compris et développé les sujets de ces deux dernières trouvailles, vous serez prêt pour le concours de l'ENA !
En conclusion,
Cette charte si elle apporte une contribution inestimable à l'art de faire prendre les vessies pour des lanternes, ne permettrait sans doute pas à ses auteurs d'avoir la moyenne à un quelconque devoir surveillé sur le développement durable.
Elle est quasiment vide, n'apporte rien, n'engage personne. Elle tente par des procédés peu glorieux de donner une image respectabilité à ce projet inutile, destructeur et coûteux. Ce document prend le développement durable en otage et le dévoie d'une façon inadmissible. L'état se devrait pourtant de montrer la voie la voie aux citoyens en respectant des engagements (Rio, Kyoto), à un niveau qui est d'une importance capitale pour l'avenir de la planète.
Sur le développement durable voir http://www.ledeveloppementdurable.fr
et http://fr.wikipedia.org/wiki/Developpement_durable
Lire aussi: Le Ministère de l’Equipement, éternel cancre du développement durable ?
Mis à jour ( Mercredi, 20 Mai 2009 06:23 )



