Les raisons de l'opposition
Partout dans le monde émerge la prise de conscience de la crise climatique, due à nos rejets de Gaz à effet de serre (GES), dont le principal est le CO2. Et si en France nos émissions de ce gaz n'ont augmenté que de 3 % globalement entre 1990 et 2004, la part due aux transports a augmenté de 20 % ! Par ailleurs c'est avec raison que la France s'est donné comme objectif de diminuer ses émissions de CO2 par 4 d'ici 2050.
Actuellement, tout le monde s'accorde à dire que la politique des transports (en France, en Europe, dans le monde) est nocive, dangereuse et sans issue. Les politiques à adopter pour faire face à cette évolution sont connues et d'autres pays on déjà commencé à mettre en œuvre les dispositions nécessaires pour inverser la tendance.
Chez les citoyens consommateurs, on sait que les déplacements individuels en voiture seront de plus en plus chers et que les solutions alternatives (transports en commun, co-voiturage, déplacement à vélo en ville) doivent se développer.
Dans ce contexte, le projet de création d'un axe à deux fois deux voies entre le Puy et l'A75 va encourager un développement des transports routiers (personnes et marchandises) et donc une augmentation des émissions de GES.
Les investissements envisagés pour un tel projet (1 milliard d'€ annoncés pour 90 km) gagneraient à être consacrés à des projets alternatifs prenant réellement en compte l'absolue nécessité de réduire massivement la production de GES liée aux transports routiers (amélioration des transport en commun ou des dessertes SNCF, ferroutage) mais aussi d'un développement réellement durable et respectueux des ressources environnementales.
Et donc de toute évidence, ce projet de 2x2 voies va exactement à l'encontre des solutions qui s'imposeront demain. Solutions qu'il faudrait mettre en place dès aujourd'hui pour ne pas hypothéquer l'avenir.
A cela il faut ajouter les impacts négatifs listés ci-dessous, pour en fin de compte rendre bien dérisoires les quelques avantages (réels ou supposés) de cet aménagement.
Nous allons donc envisager successivement :
1 Les impacts économiques
1-1. Impacts sur l'agriculture.
1-2. Impacts sur le commerce, l'artisanat et les petites entreprises.
1-3. Impacts sur le tourisme.
1-4. Impacts sur le foncier bâti.
1-5. Impacts sur Mende.
1-6. Impact sur les finances publiques.
2 Les impacts environnementaux
2-1. Impacts sur le cadre de vie
2-2. Impact sur le milieu naturel
1 Impact économiques
1-1. Impacts sur l'agriculture.
Déstructuration d'exploitations, … dégâts dus au remembrement voir cette page
1-2. Impacts sur le commerce l'artisanat et les petites entreprises.
Évasion commerciale vers les autres départements, ouverture de la concurrence pour les artisans et petites entreprises : qui va gagner ? voir cette page
Lozère pays de tourisme rural, qualité des paysages, qualité de vie, qualité de la nature "vierge" Qu'apporterait la 2X2 envisagée? voir cette page
1-4. Impacts sur le foncier bâti.
Une attractivité pour des résidences secondaires peut être envisagée pour certaines zones. Mais… au dépend des possibilités de résidence principale pour les locaux puisque les prix vont grimper, tandis que les maisons à proximité de l'axe verrons leur valeur et leur attractivité se réduire (nuisances, pollutions, bruit, détérioration du paysage,…)…..
Une aubaine économique et un bol d'air pour la circulation? Attention à ne pas se limiter à une vision par trop naïve pour un univers impitoyable…. voir cette page
1-6. Impact sur les dépenses publiques.
900 millions d'euros ! C'est le coût annoncé du projet de construction de l'autoroute Lyon-Toulouse entre Le Romardiès et le Puy. Soit pour une distance de 90 km, un coût unitaire de 10 millions d'euros le km. Et encore heureusement que ce n'est pas une « vrai autoroute » puisqu'on y roulera « seulement » à 110 km/h.
Devant ces chiffres astronomiques, les citoyens peuvent se poser les questions suivantes :
Qu'est ce que c'est que 900 millions d'euros ?
A titre de comparaison :
C'est 36 lycées.
C'est 5 fois le coût de la modernisation de la ligne SNCF Béziers-Clermont-Ferrand.
C'est 28 années de budget d'investissements du Département de la Lozère.
C'est 2,5 fois et demi le budget national annuel consacré à la construction de logements HLM.
A qui va profiter cette manne ?
Les retombées économiques sont, au dire même des promoteurs du projet, on ne peut plus aléatoires. La bonne question est alors non pas «combien ça coûte ? », mais « combien ça rapporte et à qui ? ». Les principaux bénéficiaires de cette manne seront bien sûr les grands groupes de BTP qui distribueront quelques miettes aux sous-traitants locaux.. En d'autres temps, heureusement révolus, on aurait été obligé de s'interroger sur les motivations réelles des hommes politiques porteurs de ce projet.
Si cette autoroute a une fonction de développement (durable ?), qu'aurait-on pu faire avec la même somme pour améliorer la vie des zones rurales traversées ? On peut rêver :
1000 logements sociaux pour tous ceux qui souhaitent vivre ici loin des autoroutes et des nuisances urbaines.
100 fermes-relais pour les jeunes qui ne trouvent pas de terres à travailler
1000 bourses de 15 000 € par emploi durable créé.
embaucher 100 agents hospitaliers et de soins aux personnes âgées pendant 10 ans
et encore des services de transports en commun dans les zones qui en sont démunies, des crèches, des médiathèques et remédier ainsi à nos vrais handicaps
Au lieu de cela, les pouvoirs publics appuyés par la plupart des « décideurs » organisent le détournement des deniers publics tout en nous prêchant la rigueur et le réalisme pour tailler dans les acquis sociaux.
A titre d'exemple, au moment où l'État vient de nous faire connaître son tracé préférentiel pour la nouvelle RN88 entre Le Romardiès et Le Puy, il est intéressant d'aller voir le chantier entre l'A75 et Le Romardiès qui coûte déjà la bagatelle de 61 millions d'euros ( à ajouter aux 900millions prévus pour les travaux à venir). Sur moins de 4 km, il y a deux viaducs, dont celui de Fournens qui apparaît aujourd'hui totalement inutile. En effet, qui utilisera cette bretelle si le projet de 2X2 voies entre l'A75 et Mende se réalise avec un échangeur au col de Vielbougues ?
D'autre part la réalisation de la descente entre le plateau de la Rouvière n'aurait-elle pas pu se faire beaucoup plus aisément et à moindre coût en restant du côté ouest du ruisseau du Romardiés ?
2. Impacts environnementaux.
2-1. Impacts sur le cadre de vie.
Bruit : une voie expresse est très bruyante, ceux qui vivent près de l'A75 peuvent en témoigner.
Pollution de l'air et dégagement de CO2 : les lozériens ne sont pas pollués, pourra-t-on nous dire, ce n'est pas quelques voitures et quelques camions de plus qui feront la différence. Nous répondons : si nos espaces ne sont pas (trop) pollués, qu'ils le restent, c'est un des atouts de la Lozère !
impact visuel, et impact sur le patrimoine culturel et touristique : là également, les paysages de la Lozère sont un de ses atouts le plus importants, vantés sur tous les sites présentant le département, et qui ne peut que pâtir des dégâts causés par une nouvelle voie express.
2-2. impact sur le milieu naturel.
Cet impact a été étudié en 1998 par l'Alepe (Association lozérienne pour l'étude et la protection de l'environnement, Balsièges – association agréée au titre de la protection de la nature et de l'environnement dans le cadre départemental - Arrêté n° 95-0665) - sur la base de l'étude d'impact pour la partie A75 Vielbougue, fournie par la DDE.
Dans ces pays de montagnes, l'impact de ce genre d'ouvrage est très lourd, d'autant plus que la faune, la flore, les habitats sont particulièrement riches.
déstructuration de l'espace bocager, encore bien présent en Lozère.
fragmentation des espaces vitaux
de ce point de vue, la Lozère était déjà partagée en 2 par l’A75, elle le serait en 3 par la 88. La perméabilité des voies express (clôturées) est très faible, et les passages à faune sauvage, en nombre toujours insignifiant, n’y changent pas grand chose. La fragmentation des milieux joue sur la diversité génétique de la faune terrestre. voir Fragmentation éco-paysagère (wikipedia)dérangement (faune) et destruction d'habitats pendant les travaux : c'est une évidence, et un impact supplémentaire non négligeable. L'étude d'impact de 1998 l'avait identifié. Mais les mesures de réduction envisagées par la DDE sont inapplicables, ce n'est que de la poudre aux yeux !
destruction d'habitats naturels sur l'emprise et autour (remembrement) : tout simplement 100 km de 2x2 voies = 660 ha détruits (6.6 km2) sans compter les dégâts collatéraux : bretelles d'accès, carrières, remembrement… c'est déjà grave mais si en plus cela détruit des milieux remarquables pour la flore ou la faune, c'est pire. Et en Lozère la nature est particulièrement riche ! Dans le dossier préalable à la DUP en 1998, le milieu naturel est plutôt bien décrit et rend assez bien compte de la richesse du milieu naturel. Mais c'est pour mieux le détruire !
atteinte aux territoires de chasse de la faune (chauve-souris, rapaces...) : là où le milieu naturel n'est pas directement détruit par l'infrastructure (100 km de 2x2 voies = 660 ha détruits soit 6.6 km2) les espèces utilisant de grands territoires sont touchées : territoire de chasse amputé, zone de déplacement dangereuse (collisions).
impact des nouvelles carrières (besoins pour le tronçon A75-Vielbougue : 400 000 m3)
impact du rétablissement des voies existantes, N108 et autres, qui vont s'ajouter aux emprises de la 2x2 ; actuellement tout le monde peut apprécier la surface démolie pour le raccordement de la RN 88 avec le tronçon du viaduc du Romardiès, en cours de travaux. Le passage du col de Vielbougue, passage obligé quel que soit le tracé retenu, avec une sortie pour Chanac – gorges du Tarn sera également extrêmement dévastateur.
problèmes de collisions avifaune / trafic automobile :
Mais vous pourrez le constater sur les documents de la DDE : tout ceci n'est pas grave, des mesures de réduction seront étudiées.
Les naturalistes lozériens l'affirment : ces mesures de réduction, quand elles sont pertinentes et applicables ce qui est rarement le cas, ne sont rien face aux impacts environnementaux décrits plus haut.
Cette réalisation sera donc bien une catastrophe pour le milieu naturel de cette micro région, en commençant par la destruction d'habitats communautaires prioritaires inscrits à l'annexe I de la directive Habitats, et en passant par la déstructuration des habitats d'espèces protégées citées à l'annexe I de la directive Oiseaux ou à l'annexe II de la directive Habitats.
En conclusion
La justification du projet est bien trop faible et aléatoire au regard des conséquences que sa réalisation entraînerait. Son coût est disproportionné par rapport aux bénéfices réels de l'opération.
Il faut se demander s'il n'existe pas d'autres priorités, que ce soit en terme de désenclavement, de résorption de points noirs, de recherche et de mise en place de solutions alternatives au transport routier, ou dans d'autres domaines, d'éducation, de santé, de logement, d'emploi et même d'environnement (dont le budget en France est ridiculement faible).
Pour une politique soutenable des transports, Dominique Dron et Michel Cohen de Lara, Ministère de l'Environnement, La Documentation Française, 2000, 416 p., 19,82 €
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Mis à jour ( Lundi, 15 Juin 2009 06:32 )



